Ce 8 mars 2010, le monde a célébré la journée internationale de la femme. Le thème retenu est "Droits égaux, opportunité égales, progrès pour tous". Dans notre pays, la célébration officielle de cette journée a été reportée á la fin du mois compte tenu de l’emploi du temps chargé des autorités gouvernementales (Sommet de l’EABRIG, conférence de DOHA).
En matière d’égalité de droit, notre législation protège la femme de toute discrimination. Ainsi, la constitution du 23 décembre 2001 proclame dans son préambule, « l’égalité de tous en droit et en devoirs sans distinction de sexe, d’origine, de race, de religion ou de croyance et l’égalité de tous devant la justice et le droit de tout justiciable à la défense ». L’article 7 de cette constitution dispose que « les Comoriens ont les mêmes droits, les mêmes libertés et les mêmes obligations dans n’importe quelle partie de l’Union ».
Dans la droite ligne de la loi fondamentale, plusieurs textes législatifs ont également affirmé l’interdiction de toute discrimination à l’égard de la femme. C’est le cas par exemple du code du travail, du code de la santé, de la loi sur le statut général de la fonction publique, de la loi électorale… Ainsi, le code de travail interdit à tout employeur de prendre en considération, la race, la couleur, le sexe, la religion, l’opinion publique, l’ascendance nationale ou l’origine sociale pour arrêter ses décisions en ce qui concerne l’embauche, l’emploi, la formation et le perfectionnement professionnel, la rémunération et l’octroi d’avantages sociaux, la répartition du travail, les mesures de discipline et de congédiement.
En ce qui concerne les mécanismes judiciaires en place et les sanctions interdisant la discrimination, la constitution proclame « l’égalité de tous devant la justice et le droit de tout justiciable à la défense ». Sur le plan juridictionnel, le code de procédure civile et le code de procédure pénale ne font aucune distinction par rapport au sexe des parties au procès. Les lois citées parlent de « parties », sans aucune connotation sexuelle ou autre. Les règles du procès qu’il soit civil ou pénal ne sont pas édictées en fonction de tel ou tel sexe. Elles le sont de façon uniforme et s’appliquent indistinctement et uniformément aux femmes comme aux hommes. La procédure aussi bien pénale que civile attribue au témoignage féminin la même valeur juridique que le témoignage masculin.
La preuve testimoniale fait également une totale abstraction du sexe du témoin. Dans la pratique également, les femmes peuvent apporter leur témoignage devant toutes les juridictions comoriennes. Le code pénal, ne dispose pas non plus des dispositions discriminatoires à l’égard des femmes.
Bien que le cadre juridique ne prévoie pas des mesures discriminatoires à l’encontre des femmes, dans la pratique, des discriminations sont relevées notamment dans le domaine de l’éducation. En effet, les filles comoriennes sont faiblement scolarisées selon l’analyse de la situation des enfants et des femmes aux Comores d’octobre 2000. Le taux net de scolarisation au niveau primaire des filles est faible par rapport à celui des garçons (72,3% contre 79,8% en 2008). En effet, selon cette analyse, lorsque les parents ont des ressources très limitées, ils préfèrent scolariser le garçon et « garder la fille à la maison » pour effectuer les travaux domestiques répondant aux besoins de la famille et être préparée à son « futur statut de femme et à sa prochaine fonction de mère ».
Les femmes font l’objet de discrimination dans le mariage. Certaines familles continuent de choisir les maris des jeunes filles. Des mariages sont arrangés sans que l’avis de l’intéressée soit sollicité. Lors du divorce, les hommes prennent dans la plupart des cas unilatéralement l’initiative de se séparer de leurs conjoints qui se retrouvent souvent seules à élever leurs enfants sans aucun support financier de leurs anciens époux.
La polygamie constitue, une autre forme de discrimination de la femme. Selon le RNDH Genre 2006, on note 85 % de mariages monogames en milieu urbain en 2003, contre 79 % en milieu rural.
Les femmes font également l’objet de discrimination dans les espaces dédiés aux cérémonies religieuses, les mosquées notamment, et ceux réservés aux cérémonies profanes, les places publiques (bangwe). Ces espaces publiques sont exclusivement réservées aux hommes qui y siègent selon une étiquette bien établie qui exclut les femmes, conditionnées dès leur enfance à accepter la règle. Cette pratique consacre l'exclusion des femmes des instances de décision, étant donné que ces lieux cérémoniels sont aussi les lieux attitrés de l'exercice du pouvoir traditionnel.
Les stigmates et la discrimination à l’égard des personnes vivant avec le VIH/sida restent très forts. Ils compromettent le développement d’une prévention permanente et efficace du VIH/SIDA, la gestion efficace de la problématique du VIH/SIDA et l’accès aux soins et aux traitements.
Pour lutter contre toutes forme de discrimination à l’égard des femmes, l’Etat comorien a engagé depuis plusieurs années une politique visant á mettre en place des structures gouvernementales au niveau national et insulaire pour la promotion du genre. Ces structures ont pour mission de promouvoir la condition de la femme et l’intégration de celle-ci dans le processus de développement du pays et d’assurer la coordination de toutes les initiatives émanant des groupements et associations des femmes sur le plan culturel, économique et social. Une Direction Nationale de la Promotion du Genre a été instituée au mois de novembre 2003. Un commissariat en charge de la promotion du genre a également été constitué en 2008. En outre le Gouvernement de l’Union des Comores a validé en 2007 une politique nationale de l’égalité et l’équité du genre (PNEEG).
Des progrès ont été accomplis dans la lutte contre les discriminations. Les mariages arrangés et forcés sont de plus en plus dénoncés, notamment par les ONGs qui militent pour la promotion des droits de la femme. Le taux de scolarisation des filles continue d’augmenter et l’écart entre filles et garçons qui s’est réduit ces dernières années a néanmoins augmenté en 2008, (72,3% pour les filles, contre 79,8% pour les garçons).
Les discriminations á l’égard des femmes subsistent, mais des progrès notables ont été accomplis dans notre pays.